De la bouffe et des bouquins

Allons souper. Que ces brillants services,
Que ces ragoûts ont pour moi de délices !
Qu’un cuisinier est un mortel divin !
Chloris, Églé, me versent de leur main
D’un vin d’Aï dont la mousse pressée,
De la bouteille avec force élancée,
Comme un éclair fait voler le bouchon ;
Il part, on rit ; il frappe le plafond.
De ce vin frais l’écume pétillante
De nos Français est l’image brillante.

Voltaire, Le mondain (extrait)

La gastronomie est très liée au milieu littéraire, de part son importance social, et des liens qu’il crée ou renforce, et part les sensations gustatives qui s’en découle, inspirant la verve. Ayant fait des études en restauration, je suis loin d’être insensible au sujet. J’ai pu, en travaillant dans le milieu, observer l’importance structurelle du repas. Je te fais ici part de mon analyse.

Que mangent les grands hommes?

Les grandes décisions se prennent autour d’un grand repas. La salle à manger de l’Elysée, ses cuisines et son Chef (Guillaume Gomez depuis 1997) essuie une mystification de la part des français, que la littérature nourrie (le livre de la cuisinière de François Mitterrand pour le plus connu). On a certainement encore tous en tête cette photographie des couples présidentiels Macron et Trump, lors d’un repas à la Tour Eiffel en juillet 2017, qui fit le tour du monde, les journaux extrapolant sur le prix du menu, sur la disposition du plan de table, plus que sur la visite même du président américain sur le territoire français. De l’autre côté de la Manche, l’exemple le plus éloquent est certainement l’appétit réputé insatiable du président Winston Churchill, qui envisageait la table comme un théâtre de l’exercice politique : du jambon pour les affaires de guerre, de la soupe pour amadouer le président Truman, en finissant par un Cognac pour les négociations.  Le repas prenant une place capital dans la vie en société, il l’est de facto dans le domaine politique et culturel.

 

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Table du déjeuner à l’Elysée entre les présidents Français et Sud Africains en juillet 2016 Crédits : Stéphane de Sakutin –AFP

 

Dis moi ce que tu manges et je te dirais qui tu es

De l’Elysée à la bourgeoisie, le ventre de Paris, de Zola, nous la dépeignait digérant les richesses, personnifié par les Halles de la capitale. Autrefois, le faste et la masse faisait l’agape des rois et de ceux qui s’y comparaient. Aujourd’hui, c’est la qualité de l’aliment qui renvois à notre condition sociale aux yeux des autres, d’où l’explosion des produits biologiques, labellisés vegan, et de leurs prix iniques. Le dîner mondain y est décrit dans un des poèmes de Verlaine (que je t’ai mis plus haut) avec tout son aspect social, mais on peut retrouver le portrait doux et singulier d’une table plus modeste par la plume de Verlaine (ça draguait à coup de pot-au-feu à cette époque!) :

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Nos repas sont charmants encore que modestes,
Grâce à ton art profond d’accommoder les restes
Du rôti d’hier ou de ce récent pot-au-feu
En hachis et ragoûts comme on n’en trouve pas chez Dieu.

Le vin n’a pas ce nom, car à quoi sert la gloire ?
Et puisqu’il est tiré, ne faut-il pas le boire ?
Pour le pain, comme on n’en a pas toujours mangé,
Qu’il nous semble excellent me semble un fait archijugé.

Le légume est pour presque rien, et le fromage :
Nous en usons en rois dont ce serait l’usage.
Quant aux fruits, leur primeur ça nous est bien égal,
Pourvu qu’il y en ait dans ce festin vraiment frugal.

Mais le triomphe, au moins pour moi, c’est la salade :
Comme elle en prend ! sans jamais se sentir malade,
Plus forte en cela que défunt Tragaldabas,
Et j’en bâfre de cœur tant elle est belle en ces ébats,

Et le café, qui pour ma part fort m’indiffère,
Ce qu’elle l’aime, mes bons amis, quelle affaire !
Je m’en amuse et j’en jouis pour elle, vrai !
Et puis je sais si bien que la nuit j’en profiterai.

Je sais si bien que le sommeil fuira sa lèvre
Et ses yeux allumés encor d’un brin de fièvre
Par la goutte de rhum bue en trinquant gaîment
Avec moi, présage gentil d’un choc bien plus charmant.

Nos repas sont charmants – Paul Verlaine

 

C’est les coudes sur la table, et retroussant les manches, que je t’ai fait, pour finir, une sélection des bouquins que j’ai dévoré, et dont le thème est la bonne boustifaille.

A Boire et A Manger

Une série de livres que je garde très précieusement dans mon cœur.

On commence par une bande-dessinée à l’esprit savoureux, signé Guillaume Long, un suisseux comme on les aime. On y retrouve la recette du meilleur gâteau au chocolat du Monde (G. Long est chroniqueur pour Le Monde, hahaha, j’aime l’humour !), des carnets de voyages et des anecdotes de gourmet en tout genre.

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A boire et à manger – Tome 3 – Extrait

 

On y parle ici de gastronomie, mais de manière vrai, simple, sans chichis. Guillaume nous invite juste à croquer la vie à pleines dents comme une tomate de Sardaigne. C’est le genre de bouquin que je ressort quand j’ai un coup de mou, dont je connais les vannes par cœur.

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A boire et à manger Tome 1 – Guillaume Long- Gallimard

 

 

Les liaisons culinaires

Il fait chaud sur les fourneaux

Je ne vous l’apprendrais pas, les grecs on la réputation d’être de fins gourmets mais aussi d’être de petits coquinous. Andreas Staïkos, né à Athènes en 1944, nous offre un recueil de recettes mêlé aux tribulations libertines entre Nana, Dimitris et Damoclès. L’érotisme n’est présent que sous forme de métaphores culinaires, pour un récit tout en délicatesse. On part quand même sur un livre qui parle de bouquin, de bouffe et de cul : que demande le peuple !?

« – Mais pourquoi parles-tu si bas? C’est à peine si je t’entends, dit Dimitris.- Je ne sais pas… C’est peut-être la suavité du plat et son velouté qui me dictent de chuchoter. Cette recette exige un accompagnement sonore d’une grande douceur. »

Les liaisons culinaires – Extrait

Les liaisons culinaires
Les liaisons culinaires – Andréas Staïkos – Babel

 

Mange, Prie, Aime

Méditation et pâtes au pesto

Elizabeth Gilbert nous raconte sa crise de la trentaine, et la manière dont elle s’en ai relevé par la bouffe, l’amour et la spiritualité (il faut dire que les trois sont plutôt liés). Chacun de ces trois aspect est représenté par un pays qu’elle aura visité. La nourriture est incarné par l’Italie et, je ne vais pas te le cacher plus longtemps, à mon humble avis, les italiens font clairement la meilleurs bouffe du monde.

Si tu as vu le film, ses détracteurs avancent que le jeu de Julia Robert s’éloigne de l’oeuvre originale, affirmant la permanence du solipsisme américain. Perso, j’ai adoré (surtout pour James Franco ❤ <3), et il me tarde de m’attaquer au livre.

Mange, Prie, Aime c’est surtout un bouquin  »Feel Good », une introspection pleine de tendresse. On y parle de nourriture au sens de nourrir son être. Devenu un grand classique, il ne te laissera pas totalement inchangé.

 

Mange, prie, aime
Mange, prie, aime – Elizabeth Gilbert – LDP

 

Sur ce je vous lèche, ça m’a donné la dalle tout ça!

 

BISOUUUUS ❤

 

 

Churchill et la table

 

 

 

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